Chantier « paléo » : le passé : un observatoire pour le futur

© CNRS Photothèque / VINCENT Christian
Il est maintenant clairement établi que notre planète se réchauffe depuis l’époque préindustrielle. L’apport de la paléoclimatologie à l’identification des événements climatiques et de leurs impacts sur les environnements et la société, à différentes échelles de temps et pour la compréhension des mécanismes sous-jacents n’est plus à démonter. L’apport des équipes françaises dans cette discipline a une visibilité internationale indiscutable.

Les effets de ce changement climatique sur les évènements météorologiques extrêmes sont difficiles à estimer car le climat est un système fortement rétroactif et donc susceptible de multiples modes d’oscillation propres et forcés. Si plusieurs tempêtes et inondations ont frappé l'Hexagone et l'Europe ces dernières années, le lien entre ces événements et le changement climatique n’est pas démontré. L'action de l'homme sur son milieu, le développement de nos sociétés et l'accroissement des richesses susceptibles d'être détruites démultiplient l'impact destructeur des épisodes météorologiques intenses.

Toutefois, la question des phénomènes extrêmes reste entière : sont-ils liés au réchauffement planétaire ou bien font-ils partie de la variabilité naturelle du climat ? Pour répondre à cette question, il est essentiel de placer de tels évènements dans un contexte temporel plus large, et de retracer l’histoire des variations climatiques sur plusieurs siècles voir plusieurs millénaires, car ces épisodes extrêmes sont par essence rares et donc difficiles à observer à l’échelle d’une vie humaine. Pour aborder cette thématique, nous tentons de reconstituer les tempêtes et crues extrêmes du passé à partir de l'étude d'archives sédimentaires lagunaires (paléotempestologie) et à partir de l'étude de dépôts laissés par les crues, soit directement dans le champ d’inondation, soit dans des grottes qui surplombent le lit mineur sur les bassins versants (paléohydrologie).

Combinée à l’étude des archives historiques et naturelles du passé, la modélisation des impacts permet de distinguer la variabilité naturelle (paléoécologie, paléohydrologie, paléo-océanographie ...) de la variabilité induite par les activités anthropiques. L’archéologie et l’anthropologie permettent d’étudier les interactions des sociétés avec leur environnement à l’échelle des derniers millénaires dans un cadre « grandeur nature ». Le bassin Méditerranéen (en particulier dans le cadre du programme MISTRALS/Chantier Méditerranéen) est un cadre intéressant pour ce type de recherches, avec PALEOMEX pour la relation entre les civilisations méditerranéennes et les changements environnementaux. La prise en compte de notre histoire sensu lato permet de travailler à différentes échelles spatio-temporelles allant de la mésoéchelle, échelle des processus écosystémiques, de l’action économique et sociale et de l’écologie des paysages, à des échelles du territoire et au-delà. L’interdisciplinarité d’OREME a pour ambition de stimuler une vision intégrée de l’évolution conjointe du climat et de l’environnement incluant les sociétés.
Les grandes échelles de temps permettent également de tester nos modèles sur des gammes de variabilités bien plus larges que celles permises par les données instrumentales. L’intégration des disciplines allant de la paléoclimatologie à l’archéologie en passant par la paléoécologie, la géophysique, la biogéochimie, histoire, ... permet de tester les modèles de type ESSP sur de vastes échelles spatio- temporelles, à la condition qu’une vraie approche interdisciplinaire soit mise en place. Sur le dernier millénaire, les reconstructions anthropiques, grâce aux collaborations avec les historiens, l'INRAP ... fournissent les conditions limites à des modèles biogéochimiques de bassins versant et permettent ainsi de mieux scénariser le futur.

L'OSU OREME souhaite donc développer une approche « paléo » complémentaire de ses services et systèmes d’observation actuels. Cette approche est focalisée sur les enregistrements passés aux services de la compréhension des systèmes observés actuellement. Plusieurs pistes sont explorées au sein de ce chantier notamment autour des risques naturels et des paléoenvironnement. Les projets seront financés, comme les autres chantiers, sur leur capacité à développer là aussi une approche interdisciplinaire.