Faucon crécerellette

© Yves Pimont

La tâche d’observation a pour objectif le suivi de la dynamique des populations et des déplacements des faucons crécerellettes Falco naumanni dans le sud de la France, en lien avec la gestion des milieux naturels et du patrimoine bâti, le développement des éoliennes et les changements climatiques.

Question scientifique

Jadis largement représenté sur le pourtour méditerranéen, le faucon crécerellette nichait couramment dans les bâtiments et villages de Provence et Languedoc. C’est l’une des rares espèces de rapaces coloniales et insectivores (se nourrit de criquets et autres gros insectes typiques des garrigues), qui effectue chaque année des migrations jusque l’Afrique de l’Ouest pour y passer l’hiver.

Après avoir failli disparaître du fait des persécutions subies par tous les rapaces depuis le 19eme siècle, quelques couples ont été redécouverts dans la plaine de la Crau dans les années 1980. Suite à des actions de conservation, la population française est remontée à plus de 422 couples en 2018. Cette population reste localisée en trois noyaux de population : la plaine de la Crau (161 couples), l’ouest de l’Hérault (220 couples) et l’est de l’Aude (41 couples). En Crau les actions de sauvegarde ont concerné la protection des colonies existantes nichant dans des tas de pierre et sur les toitures de bergeries (pose de nichoirs). Dans l’Aude, une opération de réintroduction a été menée entre 2005 et 2010, à partir de jeunes issus de captivité. Ces oiseaux ont naturellement recolonisé le village voisin de Fleury-d’Aude. Dans l’Hérault, la recolonisation a été naturelle, probablement à partir d’individus en dispersion depuis l’Espagne. Ces oiseaux nichent dans les toitures des villages autour de St Pons de Mauchiens et Villeveyrac.

En parallèle des opérations de protection et restauration, les agents de la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) ont initié un grand effort de suivi de cette population de faucons afin de comprendre sur le long terme les mécanismes démographiques pilotant la reconquête de l’espèce.

Malgré cette forte augmentation de la population depuis 30 ans, l’avenir de l’espèce demeure incertain. A l’échelle locale, l’espèce n’est pas à l’abri d’empoisonnements (aigus ou chroniques) liés à des traitements insecticides, de destruction volontaires (tir en raison de sa ressemblance avec le faucon crécerelle) ou involontaires (collisions avec les éoliennes). La menace éolienne n’est pas anecdotique et on trouve chaque année plusieurs dizaines de cadavres au pied des éoliennes du Languedoc. Afin de mieux comprendre les mécanismes comportementaux menant à ces collisions et l’utilisation de l’espace par les faucons autour des parcs éoliens, un suivi télémétrique avec des balises GPS miniatures a été initié en 2016 dans l’Hérault et 2017 dans la Crau.

Au niveau global, l’espèce sera certainement impactée par les changements globaux, en particulier sur les quartiers d’hivernage, où les projections du GIEC prévoient une augmentation de la fréquence des sécheresses, réduisant les proies disponibles en Afrique, et par conséquence impactant la survie de ces oiseaux (J.-B. Mihoub et al. 2010). Les suivis télémétriques pendant l’hiver sont indispensables pour mieux comprendre les voies migratoires empruntées et les quartiers d’hivernage utilisés (Pilard, Bourgeois, et Sylla 2017).

Le sauvetage du faucon crécerellette a été permis par le soutien financier d’un premier plan national de restauration (2002-2006) qui s’est poursuivi jusqu’à fin 2009, suivi d’un Plan National d’Actions (2011-2015) qui a été prolongé jusque 2017. Un nouveau Plan National d’Action est en cours de réflexion et devrait débuter en 2020. Ce projet de PNA insistera sur la nécessité de poursuivre les suivis de dynamique des populations et de mouvements individuels dans les différentes populations françaises.

L’intérêt des suivis démographiques et comportementaux initiés par la LPO, en partenariat avec les scientifiques membres des comités de pilotages des PNA successifs, va au-delà des actions de conservation. Au niveau fondamental, le faucon crécerellette représente un modèle d’étude intéressant. En démographie, les chercheurs classent les espèces selon un gradient de cycle de vie court-long. les espèces à cycle de vie court comme les mésanges présentent une forte fécondité compensant une espérance de vie courte, contrastant avec les espèces à cycle long comme les oiseaux marins ou les grands rapaces (faible fécondité et maturité tardive compensant une espérance de vie longue). Les questions fondamentales de l’impact démographique des changements globaux sont généralement étudiés à partir d’espèce modèles à cycle de vie court (passereau comme la mésange bleue) ou bien à cycle de vie très long (cigognes, oiseaux marins, grands rapaces). Le faucon crécerellette se situe à une position intermédiaire sur ce gradient démographique, qui est relativement peu étudié.

De plus, pour une espèce migratrice à grande distance comme le faucon crécerellette, les suivis de population sont une manière indirecte de suivre les changements globaux, affectant à la fois les écosystèmes méditerranéens (été) et sub-sahariens (hiver).

Enfin, les suivis effectués en France s’insèrent naturellement dans un réseau de populations de faucons crécerellettes étudiés au Portugal, Espagne, Italie ou Israël. La réflexion sur des protocoles communs de suivi et partage des données est particulièrement pertinent chez cette espèce migratrice, pour comprendre les mécanismes de colonisation et le fonctionnement de la métapopulation.

Le faucon crécerellette est donc une espèce paradoxale : bien qu’il s’agisse d’une des espèces d’oiseaux les plus rares de France, c’est également l’une des espèces sauvages se prêtant le mieux à des suivis scientifiques de qualité pour répondre à des questions d’écologie fondamentale et appliquée.

Observations

Suivi de la reproduction : sur les populations de la Crau, l’Aude et l’Hérault

  • Nombre de couples nicheurs
  • Succès ou échec pour chaque couple
  • Nombre de jeunes à l’envol pour chaque couple
  • Chaque année, 1 à 2 jours par semaine de mars à juillet

Baguage

  • Baguage de 250 poussins de la population de Crau, variable dans l’Aude et l’Hérault
  • Chaque année, 10 jours par an en juin et juillet

Suivi des individus bagués

  • Identification exhaustive des individus nicheurs bagués (Crau, Aude)
  • Identification des individus bagués non nicheurs (Crau)
  • Chaque année, 1 jour par semaine de mars à juillet

Télémétrie

  • Capture des individus à équiper
  • Téléchargement des données (la petite taille du faucon crécerellette impose d’utiliser des GPS miniaturisés nécessitant un téléchargement manuel des données, à proximité des sites de nidification)
  • Fréquence variable selon les populations et les années

Variables Essentielles de Biodiversité (EBV )

  • Population abundance
  • Population structure by age class
  • Phenology
  • Body mass
  • Natal Dispersion distance
  • Migratory behaviour
  • Demographic trait

Données

Des données synthétiques présentant les paramètres démographiques (suivi de la reproduction, nombre de couples, nombre de poussins à l’envol, succès reproducteur, nombre d’oiseaux bagués, taux de survie annuels, carte des colonies) sont calculés annuellement et seront mis à disposition.

La base de données de capture-marquage-recapture (regroupant 3429 oiseaux marqués poussins sur 25 années de suivi) est gérée par la Station Biologique de la Tour du Valat.

Davantage de détails sont disponibles à l’adresse suivante : http://rapaces.lpo.fr/faucon-crecerellette/suivi-des-populations

Les domaines vitaux et trajets migratoires seront visualisables sur le portail des données de l’Oreme (à l’exception de certaines clauses de confidentialité liés à des financeurs privés « EDF Energie Nouvelles » pour l’Hérault).

Les données issues des suivis télémétriques en Crau sont librement visualisables sur la base de données en ligne www.movebank.org dans l’étude « Lesser kestrel France National Action plan » (une inscription gratuite est requise sur Movebank pour visualiser les données).

Contact

Collaborations

  • Philippe PILARD, LPO Mission Rapaces
  • Nicolas SAULNIER, LPO Hérault
  • Mathieu BOURGEOIS, LPO Aude

Valorisation

XDuriez, O., P. Pilard, N. Saulnier, M. Bouzin, P. Boudarel, et A. Besnard. 2018. « Impact des mortalités additionnelles induites par les collisions avec les éoliennes pour la viabilité des populations de Faucons crécerellette ». In Séminaire Eolien et Biodiversité, édité par LPO, 49‑65. Ligue pour la Protection des oiseaux.

Mihoub, J. B. 2009. « Réintroductions et comportements de sélection d’habitat: de la modélisation à l’application – cas du Vautour moine Aegypius monachus et du Fancon crécerélette Falco naumanni ». Paris: Université Pierre et Marie Curie, Ecologie.

Mihoub, Jean-Baptiste, Olivier Gimenez, Philippe Pilard, et François Sarrazin. 2010. « Challenging conservation of migratory species: Sahelian rainfalls drive first-year survival of the vulnerable Lesser Kestrel Falco naumanni ». Biological Conservation 143 (4): 839‑47. https://doi.org/10.1016/j.biocon.2009.12.026.

Pilard, P., M. Bourgeois, et D. Sylla. 2017. « Localisation des quartiers d’hivernage et phénologie des migrations prénuptiale et postnuptiale chez la population française du Faucon crécerellette Falco naumanni à l’aide de géolocateurs ». Alauda 85: 1‑28.